EduTrip Compass

#1 – Dans la valise des profs : « Ce que j’ai vu, ce que je veux transmettre. »

Voyage scolaire à Auschwitz

Chers professeurs et chers lecteurs,

Pour inaugurer notre rubrique « Dans la valise des profs », nous sommes fiers de partager le témoignage d’une enseignante de l’Éducation Nationale aujourd’hui retraitée… et maman de l’un des fondateurs d’EduTrip Compass. Partie à Cracovie et Auschwitz en janvier dernier, elle nous livre un récit sincère et poignant sur l’importance de transmettre la mémoire aux jeunes générations.

 

#1 – Dans la valise des profs : « Ce que j’ai vu, ce que je veux transmettre. »

En janvier dernier, j’ai eu l’opportunité de visiter les camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau en Pologne, dans le cadre d’un voyage marquant et profondément émouvant. Ancienne enseignante dans l’Éducation Nationale, toujours en contact avec des collégiens et des lycéens, j’ai ressenti l’importance de cette visite, non seulement pour ma propre mémoire, mais aussi pour l’enseignement de l’histoire. À travers ce témoignage, je souhaite partager cette expérience afin de transmettre la mémoire de l’Holocauste et d’expliquer l’impact pédagogique qu’une telle visite peut avoir sur les jeunes générations.

Le parcours de mémoire : Auschwitz et Birkenau

Notre voyage a commencé à Cracovie, où nous avons visité le quartier juif et le ghetto. C’était un prélude à la visite des camps, un contexte historique qui permet de mieux comprendre l’ampleur du génocide. Puis, nous avons rejoint Auschwitz et Birkenau. Dès notre arrivée, l’atmosphère était lourde et pesante. Nous avons marché silencieusement entre les baraquements, la neige tombant doucement sur le sol gravillonné. Nous étions habillés chaudement, mais l’imaginaire ne pouvait s’empêcher de penser à la réalité vécue par les déportés : l’horreur qu’ils ont dû affronter en « pyjama léger », pieds nus, dans le froid glacial.

La découverte des lieux est frappante. La porte d’entrée d’Auschwitz avec son cynique « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre ») est un premier choc. Derrière ce panneau, un système d’extermination méthodique s’est mis en place : des camions attendaient les prisonniers trop fatigués pour marcher, la mise en place de « douches » qui servaient de chambres à gaz, et la sélection de certains Juifs pour les Sonderkommandos, qui étaient contraints d’exécuter les tâches les plus horribles. La déshumanisation était à chaque coin du camp, jusque dans les détails les plus cruels, comme l’exigence de marquer les valises avec des noms, pour donner l’illusion qu’elles seraient restituées plus tard.

L’horreur de l’extermination : Une mécanique implacable

Ce qui m’a frappée au fur et à mesure de la visite, c’est l’aspect industriel et méthodique de l’extermination. Les témoignages et les objets retrouvés sur place, tels que les chaussures, les valises et les cheveux, nous permettent de visualiser le nombre effrayant de victimes. Ces objets sont des témoins muets mais puissants de la barbarie nazie. Je me souviens particulièrement de l’exposition sur les photos des détenus, souvent accompagnées de la date d’arrivée et de la date de décès, qui étaient parfois très proches.

Le camp est un lieu d’atrocités, mais aussi de symboles poignants : la proximité des fours crématoires avec les baraquements des soldats allemands, le rôle des Sonderkommandos, obligés de nettoyer les fours après l’exécution des déportés. La tension entre la vie quotidienne des gardes et l’enfer qu’ils imposaient aux prisonniers est omniprésente. Les cellules d’isolement, moins d’un mètre carré, nous rappellent également les tortures psychologiques et physiques subies par les Juifs.

Une expérience pédagogique essentielle

L’aspect le plus marquant de cette visite réside dans son pouvoir pédagogique. En tant qu’éducatrice, je suis convaincue que la transmission de la mémoire est indispensable, notamment auprès des jeunes générations. Lors de notre visite, le guide a insisté sur l’importance de préparer les élèves avant une telle expérience. Il est essentiel qu’ils comprennent la gravité de ce qu’ils vont découvrir, car certains éléments sont difficiles à supporter. Par exemple, les collégiens de moins de 14 ans ne devraient pas, selon moi, visiter Auschwitz et Birkenau avant d’avoir eu le temps de comprendre le contexte historique.

Les guides eux-mêmes ont une approche respectueuse et factuelle. Lorsque j’ai demandé comment ils interagissaient avec les touristes allemands, le guide m’a expliqué qu’il préférait ne parler que des nazis, pour éviter toute ambiguïté. Ce respect envers les victimes et le souvenir du génocide est palpable à chaque étape de la visite.

La portée de la mémoire et la nécessité de transmettre

Auschwitz est un lieu de mémoire vivant. Contrairement à d’autres sites comme Treblinka, qui ont été détruits après la guerre, Auschwitz conserve de nombreux éléments du génocide. Les objets retrouvés sur place, ainsi que les bâtiments, permettent de mieux appréhender l’échelle de l’horreur et de rendre hommage aux victimes. C’est pourquoi, selon moi, visiter Auschwitz et Birkenau, c’est attraper un témoin de l’histoire pour le transmettre. Ce devoir de mémoire est fondamental pour qu’on ne perde jamais de vue l’importance de l’histoire et la nécessité de lutter contre l’intolérance et la haine.

Cette visite, au-delà du chagrin et de l’horreur, est un impératif pédagogique. Elle permet aux jeunes générations de comprendre ce qui s’est passé et de garder en mémoire le sacrifice de millions de vies. À travers la transmission de cette mémoire, nous contribuons à faire en sorte que l’horreur de l’Holocauste ne soit jamais oubliée. »

Marie-Hélène Sacchiero, Professeure des écoles, retraitée de l’Education Nationale

Vous retrouverez une idée d’itinéraire en cliquant ici.

 

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